[Islande 2016] – Jour 15 : La bédière de la mort

Réveil à 6h30. On a eu froid cette nuit. Malgré la couverture de survie sur le sol, les doudounes, les multiples épaisseurs, le bonnet, les gants etc. La tente n’est pas franchement faite pour ces conditions, l’air passe partout mais bon on fait avec. On a réussi à se reposer quand même. Je me suis levé en pleine « nuit » pour remettre un piquet que le vent avait détaché. Du bonheur que de sortir de son duvet pour aller se les cailler dehors ! D’autant plus qu’il y avait une purée de pois, un brouillard bien dense, on y voyait pas à 10m.

A 10h30, c’est la même chose… On espère que ça va se lever ! On petit déjeune dans la tente puis on rassemble nos affaires et on sort. Toujours dans le brouillard et avec un peu de vent…

Je passe devant vu que c’est moi qui m’occupe de l’orientation et on prend la direction de l’Est. Même avec le GPS, c’est dur de garder un cap dans cet enfer blanc. Il faut constamment corriger l’orientation, je n’ai pas de point de repère à prendre au  loin du coup on zigzag un peu. Le terrain s’avère difficile en fait. Bien qu’il n’y ait pas de dénivelé, le glacier n’est pas si plat, il y a plein de petites protubérances, de failles à sauter, de bédières à enjamber plus notre attention qui est concentrée sur chacun de nos pas.

Le temps se dégage enfin et je peux enfin prendre un cap sur des amas de cendre au loin, on progresse plus vite ! On a pris un peu plus vers le Sud puis à l’Est pour éviter une zone crevassée.

Le brouillard se lève difficilement

Petite bédière facile à franchir

Petite bédière facile à franchir

De temps à autre, je rallume mon portable et je reçois un sms de Jeff. Il descend par le Lonsoroefi et abandonne le Bruarjökull. Dommage, on se croisera pas…

Le soleil fait enfin son apparition et le Snaefell se dévoile à l’horizon, c’est magnifique et pratique pour l’orientation.

La journée devient monotone, c’est la même chose pendant 6h : bédières plus ou moins grosses, moulins, tas de neige, tas de cendre, tas de glace… L’impression de monter des marches à l’horizontal sur des kilomètres…

Puis une bédière plus grosse que les autres. On passe à l’aise mais faut pas de louper !

Pas le temps de se poser pour faire chauffer la bouffe, on mange nos lentilles froides rapidement et on repart.

Et on recommence… On passe à côté de moulins énormes, et sans fond… ça fait froid dans le dos !

Des moulins sans fond...

Des moulins sans fond...

Encore des moulins

Encore des moulins

Encordage obligatoire

Encordage obligatoire

Dans la peau d'un explorateur polaire

Dans la peau d'un explorateur polaire

1ère grosse bédière

1ère grosse bédière

Puis à environ 30 km de l’entrée du glacier et donc 20km de la sortie, nous tombons sur la bédière de la mort. Il est 16h00 et nous sommes face à un torrent d’eau glacée, légèrement brune, et fort tumultueuse. La bédière est large, environ 1m50, 2m. Le débit est vraiment impressionnant ! Si on tombe dedans, c’est la mort assurée. Aucun moyen de s’agripper aux rebords qui sont aussi lisses qu’un miroir. Il va falloir sauter. Nous cherchons un endroit moins large, nous remontons le torrent puis nous le redescendons. Rien à faire la largeur est quasiment la même partout. Il est hors de question de tenter de marcher des kilomètres vers l’amont ou l’aval, nous perdrions trop de temps. Nous repérons un endroit « idéal » pour passer de l’autre côté : la rive gauche sur laquelle nous nous situons est légèrement plus haute que la berge opposée. Cela facilitera les choses.

On élabore la stratégie. Impossible de sauter avec le sac, on doit les lancer de l’autre côté avant de nous élancer. Ensuite, je sauterais en 1er, encordé à Géraldine qui me retiendra au-cas où. Ensuite, de l’autre côté, j’utiliserai la broche à glace comme point d’ancrage supplémentaire au cas où Géraldine tomberait dans le torrent.

Nous discuterons du plan après car oui, il y a des améliorations et ce n’est pas fini. Il ne faut pas oublier que nous sommes sur un glacier au milieu de nulle part. Notre seul moyen de contacter les secours est la balise de détresse.

Faut sauter maintenant !

Faut sauter maintenant !

Pas confiant pour la bédière de la mort

Repas froid et rapide

Repas froid et rapide

LA Bédière de la mort

LA Bédière de la mort

On est passé !

On est passé !

Bref, je lance mon sac à dos avec tout le matos, je garde sur moi uniquement le GPS de randonnée. Le sac atterrit de l’autre côté, « rebondi » un peu et s’arrête pas très loin du torrent… Ouf de soulagement ! Je lance celui de Géraldine sans problème car il est plus léger.

Je prends de l’élan, Géraldine se met en position pour me récupérer au cas, les mains sur la corde. Je saute. Je passe à l’aise mais faut avouer que j’ai eu des ptites sensations dans le ventre.

C’est au tour de Géraldine. Elle a peur et moi aussi. Elle a des petites jambes et le saut en longueur n’était pas sa spécialité au collège. Je mets la broche à glace, j’attache la longe que j’avais préparée à la broche et à mon baudrier et je me prépare à la tirer si cela ne passe pas.

Elle hésite puis finalement elle saute. Elle passe, atterrit à 1m de la rive, j’en profite pour donner un coup et la tirer pour éviter un éventuel basculement. Elle fond en larme, moi aussi. On s’enlace, on se rassure. Nos cœurs cognent dans nos poitrines. La pression retombe. On a vaincu la bédière de la mort ! Vraiment trop content !

Une fois que nous ayons repris nos esprits, nous repartons. 17h, il reste environ 15km avant de sortir du glacier. Mais nous sommes lessivés, l’épisode de la bédière nous as rincé ! 15km c’est encore 3h de marche et le souci, c’est que les bédières sont de plus en plus gorgées d’eau en fin de journée. On décide donc de bivouaquer une 2e nuit sur le glacier et de profiter de la matinée, quand les bédière sont quasi à sec, pour terminer le glacier.

Le montage de la tente s’avère plus galère que la veille, il y a un vent glacial provenant du Nord qui remonte le glacier et met à mal les piquets difficilement ancrée dans la glace. Une fois à l’intérieur, on se réconforte avec du saucisson et des bonnes pâtes chinoises. Mais je dois ressortir car les sardines sautent une à une ! Grrrr !! Elles ne tiennent pas avec ce vent ! Je m’énerve tout seul dehors, en faisant des trous dans la glace avec la broche. Elles tiennent enfin quand je fais des trous quasi horizontaux !

2e bivouac glacé

2e bivouac glacé

Le vent a dégagé tous les nuages et le soleil inonde le glacier et les vallées environnantes, c’est sublime…

Je retourne me cacher dans le duvet et espère que le vent va se calmer et que la nuit va être réparatrice !

Revenons un peu sur les erreurs lors du saut de la bédière. La plus grosse c’est que j’ai envoyé mon sac chargé à mort avec tout le matos de bivouaque, ainsi que la balise de détresse ! Si le sac était tombé à l’eau, cela aurait été vraiment la merde… Pourquoi je n’ai pas envoyé les affaires en plusieurs fois et pourquoi on n’a pas pensé à garder la balise sur nous ! Je trouve ça dingue comme erreur ! Rien que d’y penser, j’en ai froid dans le dos !

2e erreur, c’est que l’on aurait dû mettre la broche à glace et la longe quand j’ai sauté également, on l’a mise juste pour Géraldine. Cela aurait été plus prudent de faire deux fois la manip. Bref, heureusement tout s’est bien passé, mais la fatigue et la peur nous as fait faire des erreurs de jugement vraiment stupides et qui auraient pu être « fatales ».

Une bonne expérience qui se termine bien et qui  nous as appris énormément !

Le Snaefell

Le Snaefell

Carte et topographie

Jour 15: le Bruarjokull

Galerie Photos

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